L'anomalie d'Émilie en musique



Derrière le titre de cet article L'anomalie d'Émilie en musique - titre que j'ai tourné et retourné dans ma tête depuis plus de deux mois - et derrière la photo Envol mouvementé sous l'autel des parfums qui illustre cet article se cachent des passerelles sensibles entre musique, autisme, photographie, littérature.


Tout à commencer le vendredi 19 février 2021 le jour de la disparition de Philippe Chatel, devenu célèvre avec la comédie musicale Émilie Jolie. J'ai appris sa disparition dans ma voiture en allant chez mon ergothérapeute qui me suit depuis que j'ai mon diagnostic d'autisme Asperger. Le soir venu, j'ai réécouté des chansons de Philippe Chatel qui ont bercé mes jeunes années. Philippe Chatel, artiste comme tant d'autres à l'esprit poète loin des modes qui ont ma préférence. La chanson Ma lycéenne m'a toujours plu. La réécouter m'a permis de mieux comprendre pourquoi cette chanson me plaisait tant et pourquoi elle me plait toujours autant, si ce n'est encore plus. Je cite un court extrait de la chanson : Tu veux quelqu'un qui te comprenne / Je te comprends j'essaie au moins / Dans tous les disques et tous les livres / Qui sont le décor de tes nuits / Tu cherches une raison de vivre / Comme un écho à ton ennui. La voix douce et chaude de Philippe Chatel est réconfortante, ce qui rajoute au plaisir.


Avec mon diagnostic d'autisme Asperger, j'ai compris comment je fonctionnais, j'ai compris certaines souffrances, j'ai compris l'isolement familial, j'ai compris la vie de mes ancêtres, j'ai compris les abus subis par certaines personnes, j'ai compris mes anxiétés, j'ai compris mon goût pour la créativité, j'ai compris ma grande curiosité, j'ai compris mon exigence, j'ai compris mon besoin de concentration, j'ai compris mon sens du détail, j'ai compris ma précision, j'ai compris mes digressions, j'ai compris mon besoin de calme, j'ai compris mes sensibilités, j'ai compris mon sens de la justice, j'ai compris encore beaucoup plus que tout ça. Aujourd'hui, j'ai trouvé des personnes qui me comprennent : des hommes et des femmes, qui comme moi reçoivent un diagnostic à un âge tardif, qu'ils s'agissent de troubles du spectre autistique, d'hypersensibilité, de haut potentiel ou autre qui fait que quelqu'un a un fonctionnement dit différent, une anomalie aux yeux de certains. La société avance pas à pas, petit à petit, souvent lentement, et un jour, j'ose espérer qu'on ne mettra plus sur le côté ceux qui pensent différemment et qu'on les comprendra mieux - qu'on nous comprendra mieux.


Ce vendredi 19 février au soir, après avoir écouté Philippe Chatel, j'ai laissé faire la lecture automatique de Youtube et c'est tout naturellement qu'après Ma lycéenne, j'ai écouté Diabolo Menthe d'Yves Simon. Encore une chanson de mes jeunes années qui ne m'a pas laissée indifférente, ce d'autant plus qu'il s'adresse à une lycénne qui s'appelle Anne. Je cite un court extrait : Dans tes classeurs de lycée / Y a du sang et y a des pleurs / Les premières blessures de ton cœur / Les premières blessures / Les premières déchirures / Qui font des bleus à ton âme / Qui font des bleus petite Anne.


Il parait que l'adolescence est une période difficile à vivre. La petite Anne - puisque c'est mon prénom - n'a pas eu conscience des difficultés liées à cet âge. J'étais inconsciemment en mode survie ... jusqu'à mon diagnostic d'autisme. Oui, encore, lui. Ce n'est pas une idée fixe ni un intérêt spécifique que de parler d'autisme pour ma part. L'autisme explique tout...ou presque tout de ma vie. Beaucoup de femmes qui ignorent qu'elles sont autistes camouflent inconsciemment qui elles sont et font constamment de la surcompensation...jusqu'à l'épuisement. Le corps humain révèle bien des surprises et des ressources...


Je dois préciser que pendant que j'écoutais les chansons de Philippe Chatel et d'Yves Simon, je traitais mes photos. Une nouveauté pour moi je dois avouer. J'avais pour habitude jusqu'à ce 19 février de traiter mes photos dans le silence, concentrée sur ma tâche. Depuis, je traite mes photos en parcourant Youtube ou en écoutant la radio. Selon les chansons que j'écoute, c'est séquence émotion garantie. Traiter mes photos en écoutant Richard Cocciante est très émouvant. Il mio refugio m'arrache à chaque fois le coeur, une larme, un vrai bouleversement. La voix magique et envoûtante de Richard Cocciante est une invitation aux sens, une extase.


Mes photos traduisent ma sensibilité, mon âme souvent mystérieuse, quand à cela se rajoute l'émotion de la musique, l'émotion des paroles, l'envoûtement d'une voix divine, autant dire que j'ai le coeur qui bat, le sang qui monte à la tête et que je me laisse aller, prise par la musique. Laisser aller a son importance, quand on sait que de nombreux autistes Asperger ont du mal à se laisser aller, à lâcher prise. Je n'échappe pas à la règle. J'ai souvent du mal à lâcher prise, sans doute à cause de mon anxiété chronique, sans doute parce que j'intellectualise tout. Si la musique m'aide à lâcher prise, il va falloir en écouter beaucoup plus pour diminuer mes anxiétés de façon considérable.


Le lien avec la photo que j'ai choisie pour illustrer cet article va suivre.


Toujours en ce mois de février 2021, le 21 pour être précise, j'ai découvert un article qui n'a rien à voir avec Philippe Chatel mais qui a donné le titre à cet article L'anomalie d'Émilie en musique. Je m'explique. Article découvert dans un groupe Facebook, OuLiPo (non officiel) que je suis avec plus ou moins d'assiduité selon les moments. Article écrit par un certain Michel Petrossian que je ne connaissais absolument pas sur le livre L'Anomalie d'Hervé Le Tellier. Pour lire son article qui m'a emballée, c'est par ICI.

J'ai tellement été emballée par cet article fouillé que j'ai voulu en savoir sur ce Michel Petrossian. Michel Petrossian baigne dans l'art, dans la peinture, dans la musique, dans la littérature. Il baigne tellement qu'il compose des musiques et reçoit des commandes du monde entier. Ma curiosité m'a poussé à écouter ses compositions, qui je dois l'avouer ne sont pas des musiques que j'écoute habituellement. J'ai découvert des musiques contemporaines qui portent en elles une histoire où la religion n'est pas loin. J'ai été portée dans un autre monde, un monde mystique. Tout en écoutant ses musiques, je traitais des photos d'oiseaux, ou l'inverse, tout en traitant mes photos d'oiseaux, j'écoutais ses musiques. Toujours est-il qu'il y a une musique que j'ai écoutée en boucle et qui, je pense à influencer ma sélection photographique du moment : c'est Autel des parfums. Je prends beaucoup de photos et celles que j'ai l'habitude de sélectionner sont rarement dans l'action, dans le mouvement. Ma zone de confort se situe dans les reflets, dans l'abstraction, dans la contemplation, dans la méditation, dans la poésie des arbres. L'oeuvre Autel des parfums a un côté envoûtant, entêtant, avec des passages rapides et lents. Grâce au rythme de la musique, j'ai traité une photo d'oiseaux en plein mouvement : Envol mouvementé sous l'autel des parfums. J'imagine mes oiseaux voler au rythme de la musique, j'entends les oiseaux respirer.


Ayant été conquise par l'article et hypnotisée par la musique de Michel Petrossian, chose rare, je lui ai immédiatement écrit pour lui dire mon ressenti et que je comptais écrire un article mêlant musique et photo. Il est intéressé, surtout quand on sait qu'il mélange les influences artistiques. La musique d'Autel des parfums puise sa source dans la bible, dans un tableau de David Hockney qui ne m'est pas inconnu et dans la musique urbaine.


Pour en revenir à l'Oulipo, les contraintes oulipiennes me régalent et sont un très bel exercice pour mon cerveau en constante ébullition. C'est tout naturellement que dans le cadre des ateliers d'écriture que j'anime avec La Plume et l'Image, j'ai animé un cycle de cinq séances sur l'Oulipo à l'automne dernier. Lorsque j'avais envisagé ce cycle sur l'Oulipo, Hervé Le Tellier, président de l'Oulipo, n'avait pas encore sorti son livre L'Anomalie et n'avait pas encore reçu le prix Goncourt. Lorsque j'ai su, au moment de la rentrée littéraire que ce livre sortait, je me suis dit que j'allais en lire des extraits à mes participants et ainsi montrer que l'Oulipo est plus que jamais vivant. Le prix Goncourt pour ce livre m'a fait très plaisir. De surcroit, le titre, L'Anomalie, ne pouvait que me plaire, me séduire.


Voilà comment sont nés L'anomalie d'Émilie en musique et Envol mouvementé sous l'autel des parfums...grâce à un clin d'oeil à Hervé Le Tellier, un clin d'oeil à Philippe Chatel et Émilie Jolie, un clin d'oeil à Michel Petrossian et son Autel des parfums , un clin d'oeil à tous ceux qui ont une anomalie aux yeux de la société, un clin d'oeil aux influences entre les différents arts.


Anne-Claude, 2 mai 2021

https://www.anneclaudethevand-photographies.com/





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